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Simone de Beauvoir : séparer la femme de la militante?

Simone de Beauvoir, éminente philosophe et auteure, a laissé un héritage marquant dans le domaine du féminisme grâce à son œuvre influente “Le Deuxième Sexe”.

Cependant, certaines révélations sur sa vie font que je ne compte ni lire ses livres, ni l’admirer. Au contraire. On parle souvent de “séparer l’homme de l’artiste”, et ça s’applique aussi à Simone de Beauvoir: ses agissements font que je refuse de la voir comme une grande figure à aduler.

L’Héritage Féministe de Simone de Beauvoir

Simone de Beauvoir a joué un rôle central dans la promotion de l’égalité des sexes à son époque. Son travail visionnaire dans “Le Deuxième Sexe” a ouvert la voie à un début de déconstruction des normes de genre, inspirant de nombreuses générations de féministes.

Simone de Beauvoir, née le 9 janvier 1908 à Paris, était une philosophe, écrivaine et figure clé du mouvement féministe. Elle est célèbre pour ses contributions à la philosophie existentialiste et pour son engagement dans la lutte pour les droits des femmes.

Elle a étudié à la Sorbonne, où elle a rencontré Jean-Paul Sartre, avec qui elle a entretenu une longue relation intellectuelle et amoureuse. Son premier grand ouvrage, “L’Invitée”, a été publié en 1943, mais c’est avec “Le Deuxième Sexe”, paru en 1949, qu’elle a marqué l’histoire. Ce livre a été une analyse révolutionnaire de la condition féminine, remettant en question les normes sociales et déconstruisant les stéréotypes de genre, devenant ainsi un ouvrage fondateur du féminisme moderne.

Au-delà de son engagement pour les droits des femmes, Simone de Beauvoir a écrit des romans, des essais philosophiques et des mémoires. Elle a également été professeure de philosophie et a continué à écrire jusqu’à sa mort en 1986. Sa pensée a influencé de nombreux domaines intellectuels et sa vision critique des structures sociales et de la condition féminine continue d’inspirer les générations futures.

Cependant, il est essentiel de reconnaître que ses contributions intellectuelles coexistent avec des aspects plus sombres de sa vie.

Des redflags à la pelle

Alors OK, Simone de Beauvoir a été une pionnière dans l’émergence du féminisme en France. Mais elle traîne aussi de tels redflags que je ne comprends pas que de nombreux.ses militant.e.s la prennent encore comme exemple. Pédocriminalité, antisémitisme, détournement de mineurs, lesbophobie… Un “beau” palmarès en terme d’ordure.

Pédocriminalité

En 1977, elle apporte son soutien à Bruno Bréguet, qualifié de terroriste, et plaide en faveur de sa libération. Elle figure parmi les 68 intellectuels français signataires d’une tribune publiée par Gabriel Matzneff dans Le Monde le 26 janvier 1977.

Cette tribune demandait la relaxe de trois hommes accusés d’« attentat à la pudeur sans violence sur des mineurs de quinze ans » dans l’affaire de Versailles. Après ce procès, elle cosigne une lettre ouverte à la commission de révision du Code pénal réclamant la réforme ou l’abolition des articles de loi concernant le « détournement de mineur ». Les signataires exigeaient une reconnaissance du droit des enfants et adolescents à choisir leurs relations.

Ce mouvement en faveur des personnes accusées de pédophilie reçoit le soutien de plusieurs intellectuels, dont Jean-Paul Sartre, Michel Foucault, Roland Barthes, Alain Robbe-Grillet, Jacques Derrida, Philippe Sollers et Françoise Dolto.

Pour rappel, voici ce qu’est Matzneff:

Détournement de mineures et Antisémitisme

En 2008, Carole Seymour-Jones suggère dans “A Dangerous Liaison” que le comportement de Simone de Beauvoir peut être assimilé à de l’« abus d’enfant » et à la « pédophilie ». Plus tard, en 2015, Marie-Jo Bonnet décrit la relation entre Beauvoir et Sartre comme un « contrat pervers », affirmant que Beauvoir séduisait des jeunes étudiantes mineures pour les introduire à Sartre. Normand Lester, du Journal de Montréal, va jusqu’à qualifier Beauvoir de « prédatrice sexuelle ».

Dans ses Mémoires, Bianca Lamblin évoque son admiration pour Simone de Beauvoir, sa professeure à l’âge de seize ans. Elle explique comment Beauvoir semblait choisir parmi ses élèves des relations qu’elle partageait, voire transmettait à Sartre. Lamblin découvre plus tard que Beauvoir utilisait des stéréotypes antisémites dans sa correspondance, qualifiant une jeune fille en difficulté de victime hésitant entre le « camp de concentration » et le « suicide ».

Lesbophobie et glorification des goulags

Simone de Beauvoir fait face à des accusations de lesbophobie de la part du sociologue Sam Bourcier pour son traitement du sujet « la lesbienne » dans Le Deuxième Sexe. Ses choix favorables envers la revue Nouvelles Questions féministes en 1981, excluant les lesbiennes politiques radicales telles que Monique Wittig, faisait suite à des désaccords au sein du comité de rédaction de Questions féministes sur la question de l’hétérosexualité.

Elle a également exprimé des opinions controversées sur les goulags qu’elle a visités en 1963, les décrivant comme des lieux de « rééducation » avec des éléments de vie modérée, un régime libéral, des activités culturelles comme des théâtres et des bibliothèques, et des interactions presque amicales entre les gardiens et les détenus. Sympa hein?

Ces révélations mettent en lumière la complexité de la personne derrière l’icône féministe et posent la question de la séparation de l’artiste et de l’individu. De la même façon que je boycotte les films de Depardieu ou la musique de Bertrand Cantat ou Johnny Depp, je boycotte le travail de Simone de Beauvoir.

Cela m’a déjà été reproché. Et j’assume totalement mes positions et ne reviendrai pas en arrière.

La Responsabilité Personnelle et les Alternatives Féministes

Bien que son héritage intellectuel demeure important, il est impératif de reconnaître ses torts. Les actions de Simone de Beauvoir soulignent la nécessité d’une conversation honnête sur les figures féministes et leurs comportements personnels. Fort heureusement, il existe de nombreuses autres figures du féminisme qui n’ont pas été associées à des actes répréhensibles.

Je vais en citer trois.

Rosa Parks

Rosa Parks, célèbre pour son rôle déterminant dans le mouvement des droits civiques aux États-Unis, a également été une voix importante pour l’égalité des genres. Son refus de céder sa place dans un bus ségrégué en 1955 à Montgomery a déclenché le mouvement historique de boycott des bus. Bien que son action ait principalement été associée à la lutte contre la ségrégation raciale, Parks était également une militante pour les droits des femmes. Elle a œuvré pour l’égalité des genres en siégeant au sein du mouvement féministe, plaidant pour la justice sociale et l’émancipation des femmes, soulignant ainsi l’intersectionnalité des luttes pour l’égalité. Son engagement féministe a été un pilier fondamental de son combat global pour la justice et l’égalité.

Gisèle Halimi

Gisèle Halimi, avocate engagée et militante féministe, a marqué l’histoire par son combat infatigable pour les droits des femmes. Connue pour son engagement sans faille en faveur de la justice sociale, elle a été une voix incontournable du mouvement féministe en France. Halimi s’est illustrée par ses plaidoyers pour la dépénalisation de l’avortement et pour la défense des droits des femmes victimes de violences sexuelles. Son travail juridique et ses prises de position courageuses ont contribué à changer les lois françaises en matière de droits des femmes, laissant ainsi un héritage indélébile dans la lutte pour l’égalité et la justice.

Virginie Despentes

Virginie Despentes, auteure, réalisatrice et militante, est reconnue pour son engagement sans compromis en faveur du féminisme. À travers ses écrits et son art, elle questionne les normes sociales, déconstruit les stéréotypes de genre et met en lumière les réalités souvent invisibilisées des femmes. Despentes aborde des thèmes comme la sexualité, la violence patriarcale et les dynamiques de pouvoir. Elle suscite des débats et pousse à la réflexion sur la condition féminine contemporaine, interrogeant les notions de masculinité et de féminité. Son travail s’avère être un appel puissant à l’émancipation, à la liberté et à la reconnaissance des droits des femmes dans une société en constante évolution.

Conclusion

Il est crucial de reconnaître les nuances entourant les figures féministes, notamment en examinant leurs actions personnelles. Bien que l’héritage intellectuel de Simone de Beauvoir demeure important, ses actions soulignent l’impératif d’une réflexion honnête sur le comportement des figures influentes du féminisme. Et évidemment d’élargir cette réflexion à d’autres domaines, comme le domaine artistique, qui compte un bon nombre d’éminents artistes… qui ont fait des choses immorales et des victimes souvent invisibilisées “parce que c’est Gérard“. Comme si avoir un nom reconnu exemptait de la possibilité de faire des choses atroces.

Utilisez votre sens critique. Interrogez-vous. Faites des recherches. Arrêtez de mettre une personnalité sur un piédestal parce qu’elle a fait “de grandes choses”.

Je n’arrive pas à comprendre comment des militant.e.s féministes peuvent encore encenser Simone de Beauvoir et je crois que je n’y arriverai jamais. Ses actes entrent en complète contradiction avec des engagements féministes. Vous trouvez pas que c’est assez hypocrite, de “séparer l’homme de l’artiste” concernant Marilyn Manson ou Cantat, mais derrière aduler Simone de Beauvoir?

Cependant, au-delà de ces controverses, d’autres figures émergent, telles que Rosa Parks, Gisèle Halimi et Virginie Despentes, offrant des exemples vibrants de féminisme engagé et éclairé. Leur dévouement envers l’égalité des genres, leur lutte contre l’injustice et leurs contributions à la cause des femmes ont ouvert des voies vers un avenir plus juste et égalitaire. Ces femmes, par leurs actions, mettent en lumière la diversité et la force du mouvement féministe, tout en encourageant à poursuivre la quête pour une société plus équitable pour toutes et tous.

Liste des sources ici

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